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Xerfi Canal a reçu Nelly Fesseau, coordonnatrice des pôles Culture et Numérique à Terra Nova
Qu'est-ce que le numérique a changé à la culture ?
Le numérique n'est pas seulement un outil. C'est un système à part entière, qui interagit de façon permanente avec son environnement, sur la base de processus d'échanges continus.
Tout est transformé en données immatérielles : musique, livres, films, journaux…
Le numérique change donc le paradigme même des biens. Contrairement au CD, au DVD, au livre, le bien numérique est en effet reproductible à l'infini, et transportable d'un point à un autre du globe de manière quasi-immédiate et pour un coût proche de zéro.
En ce sens, le bien numérique constitue un bien non rival : n'importe qui peut en profiter sans que j'en perde pour autant l'usage. Il n'est donc pas soumis aux lois de la rareté qui sont au fondement des règles de l'économie matérielle que nous connaissons.
Numérique-culture : quelles sont les conséquences ?
L'ensemble des industries culturelle est radicalement modifié : au système classique de création / production / diffusion / distribution / client, se substitue un système composé de deux ensembles, avec des contenus numérisés d'une part, et des parcs d'abonnés de l'autre, chacun étant maîtrisé par des acteurs distincts, culturels pour le premier groupe, numériques pour le second.
Plus le bien est communiqué, diffusé, reproduit (et ce sans effort particulier), plus il est préservé et plus son usage grandit. Il est donc nécessaire de réfléchir à un nouveau modèle économique qui soit adapté aux biens culturels, non rivaux, afin d'en assurer avant tout la création ainsi que la diffusion.
Peut-on contrôler les échanges ?
Il est aujourd'hui très facile de transférer des fichiers entre internautes. Vouloir contrôler les échanges est une utopie, sauf à vouloir créer un système ce contrôle généralisé des internautes.
- Deux voix sont possibles :
o Soit le conservatisme,
o Soit une nouvelle alliance entre les créateurs ? rémunérés justement pour leur œuvre - et le public ? qui peut avoir accès à un nombre d'œuvres quasiment illimité.
C'est cette logique qui, en 1965, sous-tendait en Allemagne le principe du droit à la copie privée avec l'arrivée des enregistreurs, principe qui s'est imposé vingt ans plus tard en France. Il s'agit, aujourd'hui, de faire le pas suivant avec la généralisation du numérique.
Est-ce la fin du droit d'auteur ?
Notre propos n'est surtout pas de suggérer la disparition du droit d'auteur, bien au contraire. Il faut l'adapter aux enjeux du numérique.
POUR L'USAGE MARCHAND : il faut favoriser les mécanismes de gestion collective des droits d'auteur, et encourager une plus grande redistribution par le biais d'instances existantes comme la SACEM, qui permettent le développement d'un modèle économique viable où chacun, auteur, interprète, éditeur, producteur, service de musique en ligne, trouve son intérêt.
POUR L'USAGE NON MARCHAND, la licence « globale », ou encore licence « créative », part du principe que l'usage « hors marché » doit faire l'objet de conditions particulières, tant en termes de rémunération des créateurs qu'en termes de droits pour les utilisateurs.
Elle nécessite un mécanisme de financement a priori, forfaitisé et globalisé sur l'ensemble des utilisateurs potentiels.
Notre propos n'est surtout pas de suggérer la disparition du droit d'auteur, mais de promouvoir le droit déjà existant là où il est applicable et pleinement légitime, c'est-à-dire dans le cadre des usages commerciaux et professionnels, et de lui donner une autre forme là où son application n'est plus réaliste. Il faut donc distinguer l'usage commercial de l'usage « hors marchés », et mettre en place les licences appropriées.
Des réticences se sont manifestées à chaque évolution majeure du secteur : vente de partitions, vente d'enregistrements sur disques, développement des enregistreurs, création des radios libres… C'est pourquoi il faut une volonté politique réelle pour sortir d'un paradigme aujourd'hui dépassé et avancer vers un nouveau modèle, qui devra être porté par le politique au nom de l'intérêt général.
- Facteurs clés de succès :
o Travailler de manière concertée avec tous les acteurs de la profession, création, production, distribution, mais aussi les « utilisateurs-consommateurs-citoyens » et les entrepreneurs du numérique pour définir la licence d'usage « hors marché ».
o Le lancement d'une ou plusieurs études indépendantes d'impact sur les différentes formes de financements de la musique (et pourquoi pas de la presse en ligne).
Nelly Fesseau, Repenser l'économie de la culture, une vidéo Xerfi Canal
Publié le mardi 08 janvier 2013 .
5 min. 55
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